Les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, regroupés sous l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé samedi la création d’un espace sans visa pour les ressortissants des pays membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Cette décision intervient à la veille d’un sommet crucial de la Cédéao à Abuja, au Nigeria, où sera discutée la réintégration des trois États désormais en retrait.
Une mesure pour renforcer l’intégration au sein de l’AES
Dans un communiqué lu par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, les dirigeants de l’AES ont affirmé leur volonté de faciliter la circulation des personnes et des biens entre les pays membres de la Cédéao et leur confédération. « Les ressortissants de la Cédéao ont le droit d’entrer, de circuler, de résider, de s’établir et de sortir sur le territoire des États membres de l’AES », stipule le document signé par le général Assimi Goïta, président de l’AES et chef de l’État malien.
Cette mesure s’étend également aux véhicules particuliers et commerciaux, qui pourront désormais entrer dans cet espace sous réserve de respecter les textes en vigueur. Toutefois, l’AES précise qu’elle se réserve le droit de bannir des « immigrants inadmissibles », sans fournir de précisions sur les critères définissant cette inadmissibilité.
Une rupture consommée avec la Cédéao
Le communiqué fait suite à une déclaration des mêmes États réaffirmant l’« irréversibilité » de leur retrait de la Cédéao. Ce départ, officiellement annoncé en janvier 2024, deviendra effectif en janvier 2025, conformément aux textes de l’organisation régionale.
Depuis le coup d’État au Niger en juillet 2023, les tensions entre les pays de l’AES et la Cédéao n’ont cessé de s’accroître. L’organisation ouest-africaine avait menacé d’intervenir militairement et imposé des sanctions économiques sévères à Niamey, suscitant une réponse défiante des régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Une alliance en quête d’autonomie et de nouveaux partenariats
L’AES, qui rassemble environ 72 millions d’habitants sur un vaste territoire enclavé, multiplie les initiatives pour renforcer son intégration régionale. Outre la suppression des visas, les trois États ont signé un protocole visant à abolir les frais d’itinérance téléphonique entre leurs territoires et travaillent à l’harmonisation de leurs documents de voyage.
Sur le plan monétaire, bien qu’ils fassent toujours partie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et utilisent le franc CFA, les dirigeants de l’AES envisagent une éventuelle sortie de cette monnaie à moyen terme.
Une tentative de médiation en péril
Face à cette situation, la Cédéao avait désigné en juillet dernier le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye comme médiateur pour tenter de maintenir les trois pays au sein de l’organisation. Ce dernier avait récemment évoqué des avancées dans sa mission. Cependant, l’absence annoncée des délégations de l’AES au sommet d’Abuja laisse présager un divorce inéluctable entre les deux entités.
En choisissant de se tourner vers des partenaires tels que la Russie, jugés « plus sincères », et en critiquant le manque de soutien de la Cédéao face aux violences jihadistes, les pays de l’AES marquent leur volonté d’affirmer leur indépendance et de redéfinir leurs alliances dans un contexte de crises multiples.
