CHAVIREMENTS DE PIROGUES À SAINT-LOUIS : LA BRÈCHE ET LES CONSIGNES EN QUESTION

Saint-Louis, perle historique nichée entre le fleuve Sénégal et l’océan Atlantique, vit une nouvelle tragédie. En l’espace de cinq jours, plus de dix pêcheurs ont perdu la vie dans des chavirements survenus au niveau de la brèche, cette trouée artificielle ouverte en 2003 et responsable de plus de 500 décès depuis sa création. Les habitants de Guet Ndar, principal quartier de pêcheurs, pointent du doigt le non-respect des consignes de sécurité et interpellent l’État pour trouver une solution durable.

Un quartier en deuil

Guet Ndar, connu pour sa forte activité halieutique et son atmosphère animée, est aujourd’hui marqué par le deuil. Sous un auvent improvisé, des pêcheurs échangent autour d’un thé, dans une ambiance lourde. Yague Mar Seck, pêcheur expérimenté, déplore le comportement des jeunes qui ignorent les alertes météo.
« Quand le drapeau rouge est hissé, personne ne doit aller en mer. Mais beaucoup ne respectent pas cette consigne. Certains éteignent même leur téléphone pour éviter qu’on les rappelle à l’ordre », confie-t-il, amer.

Le drapeau rouge, symbole d’interdiction, est censé prévenir les sorties en mer lorsque les conditions sont dangereuses. Mais selon Dame Ndiaye, un autre pêcheur, des intérêts personnels entravent parfois son usage strict. « Certains propriétaires de pirogues riches arrivent à faire baisser le drapeau, malgré le danger, pour envoyer leurs embarcations en mer », accuse-t-il.

Des vies sacrifiées et des pertes matérielles

Les pêcheurs s’accordent à dire que les accidents sont souvent le résultat d’une négligence collective. Outre les vies humaines, les pertes matérielles sont considérables. Une pirogue avec ses équipements représente un investissement de 40 à 50 millions de francs CFA. Et ces pêcheurs, sans assurance ni subvention, subissent des pertes irrécupérables.

« Il est urgent de mettre en place une gendarmerie dédiée à la pêche pour surveiller et contrôler les activités. Les civils n’ont pas le pouvoir d’imposer ces règles efficacement », soutient Ndiouga Gaye Ndiaye, ancien pêcheur et habitant de Guet Ndar.

La négligence des gilets de sauvetage

Parmi les causes des drames, le refus de porter des gilets de sauvetage revient souvent. Beaucoup de pêcheurs, influencés par des considérations socioculturelles, jugent ces équipements encombrants ou inutiles. « Tous ceux qui sont morts ces derniers jours ne portaient pas de gilets. Pourtant, c’est une obligation pour chaque capitaine d’imposer leur port », insiste Alpha Ndiaye, propriétaire de pirogue.

Cependant, certains pêcheurs ignorent ces directives une fois en mer. « Quand les gilets sont trempés ou jugés inconfortables, ils les retirent malgré les instructions », explique Dame Ndiaye.

Sensibilisation insuffisante et impacts climatiques

Malgré les efforts de sensibilisation des associations locales, les comportements imprudents persistent. Mamadou Sarr, président de la commission environnement des pêcheurs à la ligne de Saint-Louis, souligne également les imprévus liés au changement climatique. « Il arrive que l’alerte soit donnée lorsque les pêcheurs sont déjà en mer, parfois pour plusieurs jours. Ils doivent alors affronter la brèche dans des conditions périlleuses », explique-t-il.

Une brèche meurtrière et des solutions attendues

La brèche, initialement ouverte pour désenclaver le fleuve Sénégal, est aujourd’hui un symbole de mort et d’inquiétude. Elle continue d’engloutir des pirogues et d’endeuiller des familles.

Les pêcheurs réclament des assises nationales de la pêche pour repenser la régulation et la sécurité maritime. La mise en place d’une brigade spécialisée, le respect strict des consignes et une sensibilisation renforcée sont indispensables pour éviter que Saint-Louis ne devienne à jamais synonyme de tragédies en mer.

Commentaire

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les plus récents