SERIGNE FALLOU ET LE KAZU RAJAB : UNE CÉLÉBRATION SPIRITUELLE AU CŒUR DE LA FOI MOURIDE

Certaines coïncidences portent une signification si profonde qu’elles semblent marquées par la miséricorde divine. C’est le cas de la coïncidence entre la célébration de « Al Isrâ » (le Voyage Nocturne) et du « Mi’raj » (l’Ascension du Prophète Mouhamed PSL) et la naissance de Serigne Mouhamadou Falilou MBACKE, deuxième Khalife général des Mourides (1945-1968).

Cette convergence spirituelle a donné naissance à une célébration annuelle appelée Kazu Rajab, devenue aujourd’hui une tradition majeure au Sénégal et au-delà.

Origine et Signification de Kazu Rajab

Le nom Kazu Rajab découle de l’équivalence numérique des caractères arabes qui le composent : Kâf = 20 et Zâ = 7, soit 27. Cela correspond à la 27ᵉ nuit du 7ᵉ mois lunaire musulman, Rajab, une date sacrée marquant les événements miraculeux d’Al Isrâ et Al Mi’raj. Cette nuit-là, le Prophète Mouhamed (PSL) fut transporté de La Mecque à Jérusalem et monta à travers les Sept Cieux pour recevoir les enseignements divins.

C’est également en cette nuit bénie que naquit Serigne Mouhamadou Falilou MBACKE en 1886 (1306 de l’Hégire), un événement qu’il a transformé en prétexte pour glorifier Allah et renforcer la fraternité spirituelle.

Première Célébration du Kazu Rajab en 1963

La célébration du Kazu Rajab a été initiée par Serigne Fallou en 1963. Ce jour-là, il quitta Touba avant le coucher du soleil pour se rendre à Darou Salam, son lieu de naissance. Il passa la nuit en prières, méditation et lecture du Coran. À l’aube, il se rendit chez Serigne Affia Niang, où il fut accueilli dans une ambiance empreinte de piété. Le premier repas servi à cette occasion fut préparé par Sokhna Asta Wâlo Niang, la mère de Serigne Abdourahmane Bousso.

Pour cette première édition, la célébration resta strictement familiale. Elle réunit Serigne Affia Niang, Serigne Abdourahmane Bousso et Serigne Abdou Chakor, témoins privilégiés d’un moment unique. En souvenir, Serigne Affia reçut les habits portés par Serigne Fallou lors de sa retraite spirituelle.

Une Tradition Grandissante (1963-1968)

Les trois premières éditions du Kazu Rajab, appelées à l’époque « Ngan Gui » (réception d’un hôte de marque), se déroulèrent dans l’intimité familiale. Cependant, l’événement prit de l’ampleur en 1965, après le rappel à Dieu de Serigne Affia. Une tente richement décorée fut installée devant sa résidence, et un tapis d’honneur fut déroulé en hommage à Serigne Fallou.

Dignitaires religieux et disciples affluèrent en nombre croissant. Parmi eux, on comptait des figures emblématiques comme Serigne Modou Khary Niang et Serigne Modou Faty Khary, accompagnés de délégations comptant jusqu’à 28 véhicules. Cette reconnaissance marqua un tournant dans le cérémonial, attirant l’attention des médias, notamment Radio Sénégal, qui couvrait désormais l’événement.

Le Dernier Kazu Rajab de Serigne Fallou

La dernière célébration du Kazu Rajab par Serigne Fallou eut lieu en 1968, année de son rappel à Dieu. Ce vendredi-là, Serigne Modou Mamoune Niang prononça une allocution empreinte d’émotion, exprimant gratitude et dévotion envers Serigne Fallou. En réponse, ce dernier expliqua les motivations profondes de cette célébration : « Dans Sa grande miséricorde, Dieu m’a accordé une grâce infinie. Il a fait coïncider ma naissance avec la date anniversaire des événements miraculeux d’Al Isrâ et Al Mi’raj. Chaque année, je rends grâce en retournant à Darou Salam pour lire le Coran et les Panégyriques du Prophète (PSL). En venant chez Serigne Affia après ma retraite, je raffermis les liens de fraternité avec cette maison où vécut ma mère Sokhna Awa Bousso. »

Pérennisation de la Tradition

Avant son rappel à Dieu, Serigne Fallou chargea Serigne Modou Mamoune Niang de perpétuer le Kazu Rajab. Ce dernier, fidèle à sa promesse, maintint l’éclat de la célébration, avec le soutien de Serigne Modou Bousso Dieng, alors Khalife de Serigne Fallou. Depuis, chaque Khalife général des Mourides a veillé à préserver cette tradition.

Aujourd’hui, le Kazu Rajab transcende les frontières du Sénégal, attirant des milliers de fidèles et dignitaires religieux. La commémoration ne se limite pas à célébrer la vie de Serigne Fallou ; elle symbolise aussi un hommage à la foi, à la gratitude et aux liens spirituels qui unissent les disciples mourides.

Héritage Spirituel

Le Kazu Rajab est bien plus qu’un simple anniversaire. Il incarne une double célébration : les événements miraculeux d’Al Isrâ et Al Mi’raj, et la naissance d’un homme de foi ayant consacré sa vie au service de Cheikh Ahmadou Bamba et de la communauté mouride.

Grâce à l’engagement des Khalifes et des disciples, cette tradition continue de transmettre des valeurs de foi, d’unité et de gratitude à travers les générations. Puisse Allah accorder longue vie à ceux qui œuvrent pour perpétuer ce riche héritage spirituel.

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