L’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (Anacim) tire la sonnette d’alarme face à la prolifération des chantiers immobiliers autour des aéroports du pays, menaçant ainsi la sécurité du trafic aérien. Son Directeur général, Diaga Basse, met en garde contre une répétition des erreurs du passé à l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD).
Une urbanisation incontrôlée aux abords des infrastructures aéronautiques
Autour de l’aéroport militaire Léopold Sédar Senghor, à Dakar, les grues et camions se succèdent, traduisant une activité intense de construction. Entre projets immobiliers, fabrication de briques et nouvelles infrastructures, le paysage change à une vitesse fulgurante. Une situation qui n’est pas sans inquiéter les autorités de l’aviation civile. « À l’aéroport de Dakar-Yoff, c’est notre problème. Si l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) effectue un audit et constate que nous n’avons pas respecté les servitudes, cela nous coûtera des points », a averti Diaga Basse lors d’une rencontre avec la Commission de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Infrastructures et des Transports de l’Assemblée nationale. Face à cette situation, l’Anacim réclame une vigilance accrue pour préserver l’AIBD de ces dérives. Un appel appuyé par le député Djiby Ciss, originaire de Diass, qui insiste sur la nécessité de respecter les servitudes aéronautiques. « Cela doit être une règle absolue pour tous les aéroports », a-t-il souligné.
Des servitudes aéronautiques essentielles à la sécurité
Les servitudes aéronautiques, encadrées par le code de l’aviation civile, garantissent la sécurité des vols. Elles comprennent les servitudes de dégagement et celles de balisage, essentielles pour assurer une bonne navigation aérienne. « L’avion a besoin d’aides à la navigation pour atterrir en toute sécurité. Ces équipements, appelés servitudes radioélectriques, doivent être protégés », a expliqué Diaga Basse. Il prévient que certaines zones autour des aéroports doivent rester exemptes de toute construction. « Nous avons demandé qu’aucune bâtisse ne soit érigée dans la bande verte, notamment près du cimetière Saint Lazard », a-t-il insisté.
Les oiseaux, une autre menace pour la sécurité aéroportuaire
Au-delà des constructions anarchiques, un autre problème inquiète les autorités : la présence d’oiseaux autour de l’AIBD. Ces volatiles représentent un danger majeur pour les avions, car ils peuvent être aspirés par les moteurs et provoquer des incidents graves. « Même un petit oiseau peut créer un incident. Il est donc impératif de clôturer le périmètre aéroportuaire. En cas de non-conformité, l’aéroport risque une suspension ou un retrait d’agrément », a averti le Directeur général de l’Anacim.
Un audit de l’OACI qui place le Sénégal en bonne position
Malgré ces défis, le Sénégal affiche une bonne performance en matière de sécurité aéroportuaire. En 2024, l’Organisation de l’aviation civile internationale a attribué au pays une note de 84,89%, positionnant le Sénégal à la 3e place en Afrique de l’Ouest, derrière le Ghana et la Côte d’Ivoire, et à la 5e place sur l’ensemble du continent. Dans cette dynamique, l’Anacim prépare une révision du code de l’aviation civile pour mieux l’adapter aux réalités actuelles du secteur. « Nous allons étudier le texte en profondeur afin d’apporter les ajustements nécessaires », a affirmé Oumar Sy, président de la Commission de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat, des Infrastructures et des Transports.
En dépit de ces bonnes performances, l’alerte de l’Anacim reste claire : sans une stricte application des servitudes aéronautiques, la sécurité des aéroports pourrait être compromise, mettant en péril la réputation et l’homologation des infrastructures aériennes du pays.
