L’icône ivoirienne du reggae, Tiken Jah Fakoly, foule de nouveau la scène dakaroise ce dimanche 11 mai, à l’occasion d’un concert hommage à Bob Marley, organisé par le label Diery Ngoné Production au CICES. Un événement hautement symbolique pour les amateurs de reggae, mais aussi pour l’artiste lui-même, dont les précédentes tentatives de prestation à Dakar ont connu leur lot de péripéties.
Ce retour attendu marque une sorte de revanche pour Tiken Jah Fakoly. En effet, plusieurs de ses concerts avaient été annulés au Sénégal ces dernières années, souvent pour des raisons liées à des problèmes d’organisation, d’autorisations administratives ou de climat politique tendu. L’un des cas les plus marquants reste l’annulation d’un spectacle prévu à la place du Souvenir, qui avait suscité la frustration des fans et l’incompréhension de l’artiste. À l’époque, il avait dénoncé des pressions et regretté l’absence de volonté politique d’accueillir des voix panafricanistes sur les grandes scènes sénégalaises.
Mais cette fois, les astres semblent mieux alignés. En conférence de presse à Dakar, Tiken Jah a laissé transparaître son enthousiasme : « Je suis très heureux d’être ici. Le Sénégal est une terre africaine, une terre de reggae. » Il a salué le rôle du pays dans la promotion de ce genre musical à travers des groupes comme Touré Kunda, et promis un show « dingue, dingue, dingue », dans le cadre de sa tournée mondiale qui a déjà compté 70 dates.
Plus qu’un simple concert, l’événement est une célébration du combat universel porté par le reggae et incarné par Bob Marley, disparu le 11 mai 1981. Tiken Jah Fakoly, qui le qualifie de « prophète du reggae », entend raviver cette flamme engagée en livrant un spectacle fidèle à sa discographie et à son militantisme panafricain.
À cette occasion, il a réaffirmé son attachement à l’unité africaine : « Une Afrique divisée ne gagnera rien », a-t-il lancé, déplorant les fractures actuelles entre la CEDEAO et l’AES. Il n’a pas manqué de féliciter le peuple sénégalais pour son récent sursaut démocratique, saluant une « prise de pouvoir par le peuple ».
Entre retrouvailles artistiques et messages forts à la jeunesse, l’artiste a aussi lancé un appel à préserver l’identité musicale africaine : « Le talent seul ne suffit pas. Il faut savoir rester soi-même », a-t-il conseillé aux jeunes musiciens.
Ce concert, longtemps espéré et plusieurs fois contrarié, s’annonce donc comme une double célébration : celle d’un héros du reggae, Bob Marley, et celle d’un artiste qui revient à Dakar avec la force tranquille de ceux qui ont su patienter, résister, et rester fidèles à leur message.
