Contrôle du Parti : l’autre enjeu de la crise au sommet de l’Etat , Moussa DIAW, Enseignant – Chercheur

La scène politique sénégalaise traverse une zone de fortes turbulences. Entre tensions supposées au sommet de l’État, rivalités internes au sein de PASTEF et opposition en manque de repères, les interrogations se multiplient sur la stabilité du pouvoir et les perspectives politiques du pays.

Invité à analyser cette situation, Moussa Diaw estime que les développements récents traduisent une véritable bataille de positionnement politique au sein même de la majorité.

Selon lui, « l’espace politique est agité par une forte tension entre le Président de la République et le parti PASTEF ». Une situation qui, explique-t-il, se manifeste par des « tiraillements entre le groupe très proche du Président de la République et ceux qui gravitent autour du Premier ministre Ousmane Sonko ».

Pour le politologue, l’enjeu dépasse les simples divergences politiques. Il s’agirait désormais d’un combat pour le contrôle du parti et pour le leadership dans la perspective des prochaines échéances électorales.

Cette rivalité interne aurait même fini par déteindre sur le fonctionnement de l’exécutif. Moussa Diaw évoque notamment le limogeage de certaines personnalités réputées proches du Premier ministre, mais aussi des confrontations menées « par médias interposés », contribuant à installer un climat de crispation au sommet de l’État.

« Cela donne une configuration inédite », souligne-t-il, parlant d’une « guerre larvée au sein même de la majorité ». Une situation qu’il juge préoccupante pour la stabilité politique du pays.

Le chercheur estime également que cette tension se reflète dans les initiatives politiques et institutionnelles observées ces dernières semaines. Entre annonces de meetings, démonstrations de mobilisation et propositions de réformes institutionnelles ou électorales, chaque camp chercherait à renforcer son poids politique.

Interrogé sur les gagnants potentiels de cette séquence politique, Moussa Diaw reste prudent. « On ne peut pas encore dire qui va gagner ce rapport de force », affirme-t-il. Toutefois, il considère que cette situation « affaiblit l’image de la majorité » et pourrait, si elle perdure, déboucher sur une crise politique plus profonde.

Le politologue appelle ainsi les différentes parties à dépasser les divergences afin de se concentrer sur les préoccupations majeures des Sénégalais, notamment le pouvoir d’achat, l’emploi et les difficultés économiques.

« Le cadre économique est très difficile », rappelle-t-il, évoquant les défis liés au financement des projets de développement et aux attentes sociales grandissantes.

Pendant ce temps, l’opposition peine toujours à tirer profit de cette fragilité du pouvoir. Pour Moussa Diaw, elle demeure « fragmentée » et incapable de proposer une véritable alternative crédible.

« L’opposition est marginalisée, n’arrive pas à s’unir et cherche encore une voie pour colmater les brèches », analyse-t-il. Il pointe également les « intérêts personnels » qui, selon lui, prennent souvent le dessus sur l’intérêt général.

Le chercheur regrette surtout l’absence d’une personnalité capable de fédérer les différentes forces opposées au pouvoir et de porter une offre politique susceptible de convaincre l’opinion publique.

« Il n’y a pas aujourd’hui un leader qui puisse organiser l’opposition et tenir un discours qui passe au niveau de l’opinion nationale », soutient-il.

Dans ce contexte, Moussa Diaw estime que l’espace politique sénégalais reste dominé par les tensions internes à la majorité, pendant qu’une opposition affaiblie peine encore à se reconstruire et à s’imposer comme une alternative crédible. 

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