Assemblée Nationale : Vers un durcissement des sanctions contre les absentéistes.

L’Assemblée nationale veut serrer la vis contre l’absentéisme des députés. Le texte, porté par les députés Mohamed Ayib Salim Daffé et Aïssata Tall, prévoit un durcissement des sanctions contre les parlementaires absents sans motif valable. Son adoption définitive est attendue en séance plénière ce vendredi 8 mai 2026.

À travers cette réforme, les initiateurs affichent une ambition : renforcer la discipline parlementaire et restaurer l’image de l’institution, régulièrement critiquée pour le faible taux de présence de certains élus lors des travaux en commission et en plénière.

Présentant le rapport devant les commissaires, le rapporteur Youngar Dione a insisté sur la nécessité d’installer davantage de rigueur dans le fonctionnement de l’Assemblée. Selon lui, la présence des députés ne relève pas d’une simple convenance politique, mais constitue une exigence liée au mandat confié par les citoyens. Les auteurs du texte estiment que la multiplication des absences fragilise la crédibilité de la représentation nationale, d’autant plus que les élus bénéficient d’avantages financés par les ressources publiques.

La réforme introduit ainsi un dispositif plus structuré pour encadrer et sanctionner les absences injustifiées. Le texte prévoit notamment un mécanisme de contrôle jugé plus fiable, avec un suivi formalisé des présences et des procédures destinées à garantir les droits des parlementaires concernés. Avant toute sanction, le député mis en cause devra être informé des faits qui lui sont reprochés et pourra fournir des explications ou des justificatifs.

Parmi les mesures phares figure le renforcement des sanctions financières. Les députés considérés comme absentéistes pourraient voir leurs indemnités suspendues selon un système progressif. Les promoteurs de la réforme estiment qu’il n’est plus acceptable qu’un élu continue de percevoir l’ensemble de ses avantages tout en participant peu ou pas aux travaux parlementaires.

Mais la disposition qui suscite le plus de débats reste celle relative à la « démission d’office ». Le texte envisage qu’un député cumulant un nombre important d’absences injustifiées — un seuil d’une dizaine d’absences est évoqué — puisse perdre son mandat parlementaire. Cette perspective a provoqué des réserves chez plusieurs élus, certains estimant qu’une telle mesure pourrait soulever des questions de constitutionnalité. Pour eux, un mandat issu du suffrage populaire ne saurait être retiré à travers une simple procédure disciplinaire interne.

Les défenseurs du projet répondent que ce mécanisme figure déjà dans le règlement intérieur actuel, mais que la réforme vise surtout à mieux encadrer son application. Ils mettent en avant les garanties prévues, notamment l’examen du dossier par le Bureau de l’Assemblée ainsi qu’un vote des députés avant toute décision définitive.

Le texte prévoit également plusieurs cas d’absences reconnues comme légitimes. Les situations de maladie, d’accident, de mission parlementaire, d’obligations judiciaires, d’événements familiaux graves ou encore de force majeure pourront être prises en compte. Les députés de la diaspora pourraient aussi bénéficier de dispositions particulières en raison des contraintes liées à l’éloignement.

Pour les partisans de cette réforme, cette initiative s’inscrit dans la dynamique de changement annoncée par la 15e législature. Plusieurs membres de la Commission des lois ont souligné que les Sénégalais attendent désormais davantage de présence et d’implication de leurs représentants. Certains parlementaires ont même proposé de rendre publics les noms des députés les plus absents afin de renforcer la pression citoyenne, même si cette idée continue de diviser au sein de l’hémicycle.

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