Ousmane Sonko a été élu ce mardi président de l’Assemblée nationale du Sénégal avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés. L’ancien Premier ministre succède à Malick Ndiaye et devient ainsi la deuxième personnalité de l’État dans l’ordre protocolaire.
Le scrutin s’est déroulé dans un climat marqué par des tensions au sein de l’hémicycle. La séance a été perturbée par un incident lié au refus du président de séance d’accorder la parole au député Thierno Alassane Sall, qui souhaitait faire un rappel au règlement. Cette décision a provoqué des contestations au sein de l’opposition.
Les députés de l’opposition, conduits notamment par Abdou Mbow, ont ensuite quitté la salle. Seuls deux parlementaires de l’opposition, Cheikh Tidiane Youm et Adama Diallo, sont restés en séance. Les députés sortants n’ont pas pris part à l’élection ni à l’installation du nouveau président de l’Assemblée nationale.
En l’absence de l’opposition, Ousmane Sonko a été élu avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés, devenant ainsi le 14e président de l’Assemblée nationale.
La morale politique au cœur du projet
Dans son discours d’installation, le nouveau président de l’Assemblée nationale a choisi de déplacer le débat des tensions politiques vers une réflexion plus large sur l’éthique du pouvoir.
« Ce qui est en jeu dépasse des individus. Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique », a-t-il affirmé, mobilisant plusieurs références philosophiques et historiques, d’Aristote à Saint-Augustin, en passant par Mamadou Dia. Il a notamment rappelé la vision de la politique comme « art suprême » orienté vers le bien commun, ainsi que la conception d’un État sans justice assimilé à « une grande association de brigands ».
Ousmane Sonko a également inscrit son discours dans une filiation historique et spirituelle, évoquant Aline Sitoe Diatta et Cheikh Ahmadou Bamba, mais aussi des références islamiques relatives à la responsabilité morale du gouvernant.
Selon lui, « un peuple peut survivre à la pauvreté matérielle, mais rarement à l’effondrement de sa morale publique », établissant un lien entre gouvernance et exigence éthique.
Le nouveau président de l’Assemblée nationale a tenu à rassurer sur le fonctionnement des institutions.
« Je veux rassurer que je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel ni pour nourrir des vendettas personnelles », a-t-il déclaré, tout en affirmant que l’Assemblée « ne sera pas une chambre d’enregistrement ».
Ousmane Sonko a insisté sur les missions fondamentales du Parlement : contrôle de l’action gouvernementale, vote des lois, évaluation des politiques publiques et exigence de transparence dans la gestion des finances publiques.
Il a également évoqué un contre-pouvoir « ferme mais responsable », capable d’activer ses leviers « selon la gravité des faits et des circonstances », sans en préciser les modalités.
Anticipant les débats sur les relations entre institutions, le président de l’Assemblée nationale a relativisé les risques de crise, évoquant des modèles de cohabitation existant dans d’autres démocraties. Il a insisté sur le fait que le Parlement dispose de prérogatives constitutionnelles propres face à l’exécutif. Sans attaque frontale contre le gouvernement, Ousmane Sonko a néanmoins évoqué plusieurs enjeux majeurs, dont les secteurs du pétrole, du gaz, des Industries chimiques du Sénégal (ICS) et des marchés publics, appelant à résister aux « pressions des lobbies ».
Il a également mis en avant la nécessité de poursuivre la transformation du modèle économique et la réforme des finances publiques, dans un contexte budgétaire évalué à environ 6 000 milliards de francs CFA.
« Je connais le gouvernement. Je connais les dossiers », a-t-il lancé, rappelant son parcours institutionnel : député, maire, Premier ministre et haut fonctionnaire.
Le nouveau président de l’Assemblée nationale a enfin rendu hommage à Malick Ndiaye pour sa contribution à la modernisation de l’institution et au renforcement de la diplomatie parlementaire.
