À l’approche des législatives de ce dimanche 17 novembre, de nombreux journalistes sénégalais se retrouvent investis sur les listes électorales, relançant le débat sur la compatibilité entre journalisme et engagement politique. Peut-on concilier ces deux mondes sans compromettre l’éthique et l’impartialité du métier ? Les opinions divergent.
Comme le disait Jules Janin, « le journalisme mène à tout à condition d’en sortir ». Au Sénégal, nombreux sont ceux qui passent du journalisme à la politique. Pour ces élections législatives anticipées, plusieurs journalistes, qu’ils soient chevronnés ou jeunes reporters, se présentent sur des listes nationales ou départementales. Pour Amadou Bâ, directeur de publication de L’As Quotidien et tête de liste nationale de la coalition »Nafooré Sénégal », l’engagement politique prolonge l’engagement citoyen du journaliste. Il affirme que le journaliste, en tant que témoin des réalités des populations, peut mieux agir en tant que décideur.
Mariam Selly Kane Diop, journaliste aguerrie formée au Cesti et candidate à Matam pour la coalition »Dundu », estime que le journaliste a un rôle crucial à jouer dans la gestion de la cité, fort de son expérience d’observateur des gouvernements successifs. Pour elle, l’implication politique du journaliste découle de sa mission citoyenne.
Cheikh Tidiane Kandé, investi sur la liste suppléante de »Jam Ak Jerign » à Rufisque, souligne la complémentarité entre le journalisme et la politique. Selon lui, si le journalisme alimente le débat public, la politique permet de traduire ces discussions en actions concrètes. Mamoudou Ibra Kane, ancien directeur général du Groupe E média et président du mouvement »Demain c’est maintenant », insiste sur l’importance de l’expérience journalistique dans l’action politique.
Toutefois, la question de l’impartialité demeure. Selon la charte des journalistes du Sénégal, il est crucial d’éviter tout conflit d’intérêts. Dié Maty Fall, militante du PS et candidate à Dakar, affirme qu’un journaliste peut être engagé tout en restant intègre, à condition de maintenir une éthique stricte et de ne pas laisser ses convictions personnelles influer sur son travail. Pour renforcer leur crédibilité, certains choisissent de quitter leurs fonctions journalistiques avant de s’engager politiquement, comme l’explique Mamoudou Ibra Kane, qui a pris soin de se retirer de ses responsabilités professionnelles et de cesser toute présentation d’émissions avant de se lancer en politique.
Ainsi, bien que l’engagement politique et le journalisme puissent coexister, il est nécessaire de tracer une ligne claire pour préserver la confiance du public.
