Sept mois après son arrivée au pouvoir, le régime de Pastef voit affluer de nouveaux « alliés », majoritairement des « transhumants », d’anciens cadres et députés de l’Alliance pour la République (APR), le parti au pouvoir jusqu’en mars 2024. En opposition, Ousmane Sonko avait fermement condamné ce phénomène, affirmant : « Notre parti reste ouvert à ceux qui adhèrent sincèrement à notre projet, mais ferme à toute personne impliquée dans des gestions scandaleuses ou ayant manifesté une hostilité excessive envers nous. » Le discours s’est peu à peu adouci : « Que ceux qui veulent nous rejoindre restent dans leur base. » Aujourd’hui, ces transhumants sont appelés « alliés », et certains sont soupçonnés de vouloir échapper à la justice ou font l’objet d’interdictions de sortie du territoire.
Cette recherche d’une majorité à l’Assemblée nationale, suite aux législatives anticipées du 17 novembre, a-t-elle conduit Pastef à compromettre ses principes éthiques, qui avaient contribué à son ascension ? Cette question se pose face aux nombreux ralliements d’anciens dignitaires du régime de Macky Sall. Depuis le début du processus électoral, chaque semaine apporte son lot de soutiens d’anciens membres de la coalition Benno Bokk Yakaar.
Le dernier en date est le soutien annoncé d’Adji Mergane Kanouté, ancienne vice-présidente du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar, et de l’Union pour le Développement du Sénégal Authentique (UDS/A) qu’elle dirige. Critique notoire de Pastef, elle avait défendu une motion de censure contre le gouvernement de Sonko et devait participer à la Déclaration de Politique Générale prévue pour le 13 septembre 2024, annulée suite à la dissolution de l’Assemblée.
Des figures comme Doura Baldé, ex-directeur de la Lonase, ou 14 maires de Mbacké, dont Gallo Ba, ancien ministre et maire, illustrent ce phénomène. Ces nouveaux soutiens, parfois accueillis par Sonko lui-même ou par ses émissaires, suscitent des interrogations. L’exemple de Déthié Fall, troisième sur la liste de Samm sa Kaddu, a provoqué la surprise par son soutien inattendu à Pastef.
Cette vague de transhumance fait craindre pour la promesse de reddition des comptes, pilier de la campagne électorale de Sonko et du président Diomaye Faye. Des figures comme Abdoulaye Sally Sall, sous le coup d’une interdiction de sortie, sont concernées. L’avenir dira si la justice pourra suivre son cours ou si ces dossiers seront écartés. De leur côté, les responsables de l’APR, aujourd’hui dans l’opposition, dénoncent cette stratégie de pressions judiciaires visant à débaucher leurs membres.
