Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), situé à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie, est de nouveau confronté à un report significatif. Selon les révélations de Jeune Afrique, le démarrage de ce méga-projet est désormais prévu pour le premier semestre 2025, tandis que sa phase 2 semble gravement compromise.
Prévu initialement pour entrer en exploitation en 2022, puis reporté successivement à 2023 et au second semestre 2024, GTA rencontre des obstacles techniques majeurs. Un cadre de BP, principal opérateur du projet, a déclaré au magazine que ces délais supplémentaires sont dus à des « difficultés techniques rencontrées dans le développement d’un projet aussi complexe ».
UNE PHASE 2 INCERTAINE
La phase 2 du projet, qui devait permettre de doubler la production de gaz naturel liquéfié (GNL) de 2,5 à 5 millions de tonnes métriques par an, est aujourd’hui à l’arrêt. Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette situation. Parmi eux, Jeune Afrique mentionne la volonté des présidents Bassirou Diomaye Faye (Sénégal) et Mohamed Ould Ghazouani (Mauritanie) de renégocier les contrats, ainsi que des différends persistants sur le « cost oil », la part de production destinée à rembourser les coûts de développement.
Le climat de tension entre les parties prenantes est palpable. Dakar aurait récemment exigé des clarifications de BP concernant les nouvelles échéances. Un responsable sénégalais, cité par Jeune Afrique, affirme : « Nous attendons une réponse de BP sur la nouvelle date de mise en exploitation de GTA », tout en indiquant que les projections actuelles tablent sur un démarrage « entre fin mars et début avril 2025 ».
BP ENTRE PRUDENCE ET DÉFIS
Malgré l’installation, en mai dernier, d’une unité flottante de production et de stockage de gaz – élément essentiel pour l’exploitation -, les incertitudes persistent. Cette infrastructure devait assurer le traitement initial du gaz avant son transfert vers une unité de liquéfaction située à environ 10 kilomètres des côtes.
BP, qui détient 61 % des parts du projet aux côtés de Kosmos Energy (29 %) et des sociétés nationales Petrosen et SMHPM (10 %), semble hésiter à s’engager pleinement dans la phase 2. Cette prudence est renforcée par la cession par BP de ses découvertes gazières de Yakaar-Teranga au Sénégal en octobre 2023 et de BirAllah en Mauritanie en avril 2024.
Dirigé par Murray Auchincloss, le géant britannique reste concentré sur « le démarrage sûr et efficace de la phase 1 », selon des déclarations rapportées par le journal. Interrogé par Jeune Afrique, BP n’a toutefois pas souhaité commenter les nouveaux développements.
UNE RÉPUTATION EN JEU
Ces retards successifs et l’augmentation des coûts du projet ont considérablement affecté la réputation de BP dans la région. Le GTA, considéré comme l’un des plus grands projets gaziers d’Afrique de l’Ouest, représente un enjeu économique majeur pour le Sénégal et la Mauritanie. Les deux pays, qui comptent sur les retombées financières et énergétiques de ce projet, devront encore patienter avant de récolter les fruits de cette ambitieuse entreprise.
