RETRO 2024: LES ÉVÉNEMENTS QUI ONT MARQUÉ L’ANNÉE

Une fois n’est pas coutume, l’année 2024 fut riche en actualité migratoire. En Europe, la France a vécu un triste record de décès dans la Manche, et l’Espagne, un record d’arrivées de migrants sur son archipel des Canaries. Au Moyen-Orient, la chute du clan Assad a rebattu les cartes pour des millions de réfugiés qui avaient dû fuir la dictature. Tour d’horizon des événements marquants. 

Chute de Bachar al-Assad en Syrie

Après 50 années de dictature sanglante du clan Assad, le régime est tombé le 8 décembre 2024. En à peine plus de 10 jours, et à la surprise générale, les rebelles emmenés par les islamistes radicaux de Hayat Tahrir al-Cham (HTC) se sont emparés des principales villes de Syrie et ont fait chuter le président Bachar al-Assad.

Partout dans le monde et en Europe, la communauté syrienne et ses soutiens se sont spontanément rassemblés pour célébrer la chute du clan Assad et exprimer leurs espoirs après des années de guerre.

La question du retour des millions de réfugiés syriens est au cœur des discussions européennes. Car face à une situation politique encore instable – et inquiétante avec l’arrivée d’islamistes radicaux au pouvoir – de nombreux ressortissants syriens préfèrent attendre plutôt que de rentrer précipitamment en Syrie. 

Un cyclone dévastateur à Mayotte, où 1 habitant sur 3 est sans-papiers

Le cyclone Chido avec des vents à plus de 220 km/heure a dévasté Mayotte, samedi 14 décembre. C’est la plus violente tempête jamais enregistrée sur l’île en 90 ans. Tous les bidonvilles de l’île ont été rayés de la carte.

Le bilan du drame est pour l’heure impossible à définir et restera probablement incertain. Environ 100 000 personnes vivent de manière irrégulière à Mayotte – sur 320 000 habitants – dans des cases en tôle, qui n’ont pas résisté aux vents. La majorité des sans-papiers n’ont pas voulu rejoindre les hébergements d’urgence, de peur d’être interpellés et expulsés dans leur pays d’origine.

Les secours estiment que des milliers de personnes sont sûrement mortes durant cette catastrophe.

Plus de 70 morts dans la Manche, en France, un record

Depuis janvier, au moins 70 candidats à l’exil ont péri dans la Manche entre la France et le Royaume-Uni. Ce bilan n’englobe pas les disparus – estimé à une dizaine de personnes. Ces drames à répétition font de l’année 2024 la plus coûteuse en vies humaines depuis l’apparition en 2018 du phénomène des traversées de la Manche sur de petites embarcations, appelées « small boats ». 

« Le chiffre qui nous saute aux yeux depuis quelques mois, c’est une personne qui décède tous les cinq jours » dans ces tentatives de traversée depuis le début de l’année, avait réagi au mois de novembre un coordinateur d’Utopia 56. « La situation est plus que dramatique. Les secours en mer et sur terre sont dépassés par les événements ».

Dans le même temps, plus de 33 000 migrants ont débarqué sur les cotes britanniques après avoir traversé la Manche depuis le début de l’année, selon le Home office. 

Solingen, un attentat qui a changé la donne politique en Allemagne

Le 23 août 2024, un terroriste poignarde des participants au « festival de la Diversité », dans la ville de Solingen, en Allemagne. Trois personnes perdent la vie. Le principal suspect est un Syrien de 26 ans. Quelques heures plus tard, l’organisation jihadiste État islamique revendique l’attentat. 

Cette attaque a traumatisé le pays et remis au premier plan le débat sur l’immigration. Quelques jours après, début septembre, l’AfD, un parti xénophobe et anti-migrants, arrive en tête des élections régionales, en Thuringe, une première pour un parti d’extrême droite depuis l’après-guerre. Fort de ces résultats, l’extrême droite ne cesse de mettre la pression sur le gouvernement pour durcir les lois migratoires. 

Deux semaines après l’attentat, l’Allemagne a rétabli les contrôles a toutes ses frontières. Une mesure exceptionnelle qui vise à « faire reculer l’immigration irrégulière », avait alors expliqué le gouvernement d’Olaf Scholz.

Au mois d’octobre, les parlementaires allemands ont aussi adopté un texte de loi limitant les aides financières aux demandeurs d’asile « dublinés », c’est-à-dire qui dépendent d’un autre pays européen. D’autres mesures visent aussi à prévenir le financement du terrorisme et des règles plus strictes ont été établis pour les réfugiés statutaires qui se rendent dans leur pays d’origine (comme la perte de sa protection internationale).

JO 2024 : Une politique d’expulsion des migrants hors de Paris dénoncée par les ONG

À l’approche de la grand-messe olympique à Paris, une politique de démantèlement systématique a été mise en place dans la capitale française : depuis l’hiver 2023, tous les campements, notamment ceux installés sous les ponts de la Seine et dans l’hyper centre étaient évacués – parce qu’ils se trouvaient sur le tracé de la cérémonie d’ouverture ou proches de zones touristiques de la région parisienne. 

L’hiver dernier, plus de 70 organisations avaient même publié une lettre ouverte destinée au Comité d’organisation des JO pour dénoncer ce « nettoyage social » destiné, selon elles, à cacher les migrants aux futurs touristes. Les associations avaient aussi dénoncé un phénomène « d’expulsion sèche », sans relogement proposé, notamment pour les mineurs isolés. 

L’État s’est toujours défendu de mener une politique anti-sociale. « On ne s’est pas fixé comme objectif ‘zéro SDF’ dans Paris au mois d’août 2024 », avait régulièrement assuré la préfecture de la région Ile-de-France. 

Le collectif Revers de la Médaille a dressé un bilan amer de ces Jeux olympiques : entre le 23 avril 2023 et le 30 septembre 2024, au moins 260 lieux de vie informels ont été évacués en Ile-de-France. Sur cette même période, au moins 19 526 personnes ont été expulsées de leur lieu de vie.

Canaries : plus de 43 000 arrivées de migrants africains, un record

D’après les données du ministère de l’Intérieur espagnol, 43 700 migrants ont accosté entre janvier et décembre 2024 dans cet archipel situé au nord-ouest de l’Afrique, au large du Maroc.

Ce bilan – alors que l’année n’est pas terminée – dépasse déjà celui de 2023 où 39 910 entrées avaient été recensées.

Les drames aussi sont fréquents sur cette route de l’Atlantique, hautement dangereuse. Six corps ont été retrouvés dans des embarcations arrivées sur l’île d’El Hierro, dans l’archipel des Canaries, à la mi-décembre. Du 1er au 5 novembre, 58 personnes sont également mortes au large de l’archipel espagnol. Un mois auparavant, au moins 50 migrants étaient décédés après le naufrage de leur embarcation, le 28 septembre peu après minuit, au large de l’île d’El Hierro. 

L’Union européenne adopte le Pacte asile et migration qui renforce les contrôles aux frontières

 Les pays de l’Union européenne (UE) ont donné en mai le feu vert définitif au pacte sur la migration et l’asile, cette vaste réforme qui durcit le contrôle de l’immigration en Europe – et qui sera effectif en 2026.

 Avec ce nouveau traité, l’objectif de Bruxelles est de remédier aux failles de la politique d’asile européenne actuelle, en renforçant les contrôles aux frontières – pour décourager les entrées irrégulières et inciter à une immigration légale.


 Ce pacte organise aussi la gestion de l’asile en particulier lors de situations de crise. Pour cela, la réforme met en place une procédure de « filtrage » des migrants aux frontières de l’UE pour les identifier et distinguer plus rapidement ceux qui ont des chances d’obtenir l’asile de ceux qui ont vocation à être renvoyés vers leur pays d’origine.

Au Royaume-Uni, le « plan Rwanda » définitivement abandonné

Arrivé au pouvoir après 14 ans de règne conservateur, le nouveau Premier ministre du Labour, Keir Starmer, a annoncé au mois de juillet l’abandon du controversé Plan Rwanda. Pour rappel, ce plan visait à expulser vers le pays d’Afrique de l’Est les migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, via la Manche notamment. Les migrants déposaient au Rwanda leur demande d’asile sans avoir la garantie de pouvoir rentrer sur le sol britannique – même avec un statut de réfugié.

Le nouveau dirigeant travailliste a affirmé que ce projet, défendu depuis des années par les conservateurs, était « mort et enterré ». 

Un accord migratoire Albanie/Italie controversé et en suspens

Cet accord signé en novembre dernier, mais validé définitivement par le Parlement en février 2024, permet à l’Albanie d’accueillir les exilés secourus en mer par les garde-côtes italiens. 

Après leur interception en Méditerranée, les migrants sont envoyés dans deux centres, financés par l’Italie. Le premier installé dans le port de Shëngjin (nord) sert à l’enregistrement des demandeurs d’asile. Le deuxième, construit à Gjader (nord), héberge les migrants dans l’attente du traitement de leur dossier.

Mais depuis son ouverture, les déboires s’enchaînent pour Rome. Des tribunaux romains ont bloqué les premiers transferts de demandeurs d’asile, tous rapatriés vers l’Italie. Les juges ont estimé, sur la base d’un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) du 4 octobre, qu’il était impossible de déterminer si les exilés envoyés en Albanie venaient de pays dits « sûrs ».

Ces décisions sont non seulement un camouflet pour Giorgia Meloni mais le projet coûte aussi des millions d’euros à l’État en laissant les centres albanais… vides.

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