CEDEAO+ : vers une refondation de l’espace ouest-africain avec la Mauritanie et le Maroc

Le débat sur l’avenir de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prend une nouvelle dimension. Réunis à Dakar autour d’une table ronde de haut niveau organisée par le Millennium African Institute (MAI – Nations et Démocratie), experts, diplomates, économistes, journalistes et acteurs de la société civile ont esquissé les contours d’un nouvel espace communautaire baptisé « CEDEAO+ », intégrant la réintégration de la Mauritanie et l’adhésion du Maroc.

Cette rencontre stratégique, tenue le 20 décembre 2025 dans un contexte marqué par le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, a permis de réfléchir aux mutations géopolitiques, économiques et sécuritaires qui redessinent l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.

Une CEDEAO en quête de légitimité

Au cœur des échanges : la crise de gouvernance et de légitimité que traverse l’organisation sous-régionale. Les participants ont pointé du doigt une CEDEAO perçue de plus en plus comme un « club de chefs d’État », éloignée des préoccupations des populations.

Les coups d’État successifs dans plusieurs pays ouest-africains, les sanctions controversées imposées par l’organisation et l’émergence de nouvelles alliances comme l’Alliance des États du Sahel (AES) ont profondément fragilisé la cohésion régionale.

Pour les intervenants, cette situation impose une refondation institutionnelle basée sur davantage d’inclusivité, de participation citoyenne et de pragmatisme politique.

Mauritanie et Maroc : partenaires stratégiques

Les discussions ont largement convergé sur l’importance géostratégique de la Mauritanie et du Maroc dans la recomposition régionale.

Ancien membre fondateur de la CEDEAO, la Mauritanie est considérée comme un pont naturel entre le Maghreb et le Sahel. Sa position géographique, ses capacités logistiques et son rôle dans les questions sécuritaires en font un acteur clé pour la stabilité régionale.

Le Maroc, lui, apparaît déjà comme un partenaire économique incontournable de l’Afrique de l’Ouest. Banques, télécommunications, assurances, BTP, infrastructures portuaires : le royaume a consolidé sa présence dans plusieurs économies ouest-africaines, notamment au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Nigeria.

Les participants ont également mis en avant la stratégie atlantique marocaine, notamment l’ouverture de ses infrastructures portuaires aux pays sahéliens enclavés, perçue comme un levier majeur d’intégration économique et géopolitique.

Sécurité et intégration : des défis prioritaires

Les débats ont insisté sur le fait que la sécurité demeure le préalable indispensable à toute dynamique d’intégration régionale.

Face à la montée du terrorisme, aux conflits transfrontaliers et aux tensions politiques, plusieurs voix ont plaidé pour la mise en place d’une chaîne de commandement sécuritaire régionale intégrée, fondée sur le partage de renseignements, la coopération militaire et la mutualisation des moyens.

Cependant, certains participants ont estimé que la CEDEAO devrait d’abord résoudre ses crises internes avant d’envisager une extension institutionnelle formelle.

Une intégration économique à géométrie variable

Sur le plan économique, les échanges ont révélé les conséquences du retrait des pays de l’AES sur les économies de la région. Le Sénégal, à lui seul, enregistrerait des pertes estimées à plus de 40 milliards FCFA.

La question monétaire a également occupé une place importante dans les discussions. Entre partisans d’une monnaie unique ECO et défenseurs d’une monnaie commune plus flexible, les participants ont reconnu que l’intégration monétaire reste un chantier complexe.

Avec l’éventuelle intégration du Maroc et de la Mauritanie, l’espace CEDEAO+ pourrait représenter un PIB global estimé entre 900 et 950 milliards de dollars, renforçant considérablement le poids économique de la région sur la scène internationale.

Vers une nouvelle vision ouest-africaine

Au terme de quatre heures d’échanges, les participants ont formulé plusieurs recommandations, parmi lesquelles :

  • promouvoir un dialogue inclusif impliquant davantage les jeunes et les citoyens ;
  • renforcer les projets structurants dans les domaines des infrastructures, de l’énergie et de la sécurité ;
  • harmoniser les cadres juridiques et institutionnels ;
  • développer une vision atlantique commune ;
  • bâtir un modèle de gouvernance régional crédible et adapté aux réalités africaines.

Au-delà de la question de l’élargissement, cette table ronde aura surtout mis en lumière une conviction partagée : l’Afrique de l’Ouest doit repenser son modèle d’intégration pour répondre aux défis du XXIe siècle.

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