FINANCES PUBLIQUES AU SÉNÉGAL : LA COUR DES COMPTES RÉVÈLE UNE SITUATION PLUS GRAVE QUE PRÉVUE

La publication du rapport de la Cour des comptes sur l’audit des finances publiques du Sénégal dresse un tableau particulièrement préoccupant de la situation économique du pays, dépassant les estimations initiales du gouvernement.

Selon ce rapport publié en février 2025, la dette publique atteint désormais 18.558,91 milliards de francs CFA, soit 99,67% du PIB, un chiffre nettement supérieur aux 86% précédemment annoncés par le Premier ministre Ousmane Sonko en septembre 2024. Cette révision représente un écart significatif de 25,27% par rapport aux données initiales.
La dette se décompose en 11.864,20 milliards de FCFA de dette extérieure et 6.694,71 milliards de FCFA de dette intérieure, dont 2.096,46 milliards de dette bancaire locale contractée hors cadrage budgétaire. Le service de la dette pour la période 2019-2024 s’élève à 2.497 milliards de FCFA, comprenant notamment 2.147,22 milliards d’amortissement et 298,77 milliards d’intérêts.
Un des aspects les plus préoccupants révélés par l’audit concerne la dette bancaire non comptabilisée, qui atteint 2.517,14 milliards de FCFA au 31 mars 2024. Cette somme se compose de 1.961,07 milliards de crédits directs à l’État central et de 546,70 milliards de Certificats nominatifs d’obligations (CNO).
Le rapport met en lumière des pratiques financières problématiques, notamment l’utilisation de « circuits parallèles » pour la gestion des CNO. À titre d’exemple, six CNO émis au nom de la Banque de Dakar pour 117,16 milliards de FCFA et quarante CNO au profit de Locafrique pour 122,39 milliards de FCFA ont été identifiés.
Le déficit budgétaire a également été réévalué à la hausse, atteignant 12,3% en 2023, soit un écart de 7,4% par rapport aux chiffres initialement communiqués. La Cour des comptes souligne que certains emprunts n’ont pas reçu l’aval du Parlement, constituant une irrégularité dans la gestion budgétaire.

Cette situation financière préoccupante réduit considérablement les marges de manœuvre budgétaires de l’État sénégalais, limitant sa capacité à financer les politiques publiques et l’exposant à des risques accrus, notamment en termes de taux d’intérêt et d’échéances de remboursement.

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