Ce dimanche 15 décembre, l’Afrique de l’Ouest s’apprête à vivre un moment historique à Abuja. Les chefs d’État de la CEDEAO vont officiellement acter la sortie de trois membres fondateurs de l’organisation : le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces pays, aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), tournent une page majeure de la coopération régionale.
Initialement prévu pour le 29 janvier 2025, ce départ sera finalement étalé sur un an supplémentaire, conformément aux recommandations du Parlement de la CEDEAO. Cette transition s’inscrit dans un contexte de tensions et d’incertitudes sur les implications pour l’organisation et ses membres.
LE RÔLE CONTROVERSÉ DE LA MÉDIATION SÉNÉGALAISE
Au cœur de cette période charnière, la diplomatie sénégalaise a occupé une place centrale. Mandaté par ses pairs en juillet 2024, le président Bassirou Diomaye Faye s’est efforcé de dépasser les clivages entre les deux blocs. Avec son profil de dirigeant démocratiquement élu, mais porteur de convictions souverainistes et panafricanistes, il était perçu comme un intermédiaire potentiel entre la CEDEAO et les juntes militaires du Sahel.
Pour appuyer cette mission délicate, le président sénégalais s’est entouré de l’expérimenté diplomate Abdoulaye Bathily. Celui-ci a rencontré le président burkinabè Ibrahim Traoré le 10 octobre et le général Assimi Goïta à Bamako une semaine plus tard. Ces discussions ont permis d’évoquer un « raffermissement » des relations entre les deux entités, sans pour autant produire de résultats décisifs.
Les échos de cette médiation sont mitigés. Si le président Faye a évoqué des « avancées » lors du Forum de Doha, les détails restent flous. Un diplomate ouest-africain interrogé par Jeune Afrique juge sévèrement cette tentative : « Bassirou Diomaye Faye et son envoyé spécial ne maîtrisaient pas le dossier. » Selon cette même source, le Togo aurait été un meilleur choix, grâce aux contacts étroits de Faure Gnassingbé avec les dirigeants de l’AES et ses succès diplomatiques passés.
DES ENJEUX CRUCIAUX POUR L’AVENIR RÉGIONAL
Les négociations futures devront répondre à des questions sensibles, notamment le sort des fonctionnaires sahéliens de la CEDEAO. Près d’une centaine d’entre eux sont concernés par des départs prévus dans un délai de six mois à un an, avec des indemnités substantielles. Cependant, des voix appellent à plus de souplesse.
Un autre enjeu majeur concerne la libre circulation des personnes et des biens. Le ministre ivoirien du Commerce, Souleymane Diarrassouba, a rappelé que le Mali est le troisième client de la Côte d’Ivoire, avec des exportations s’élevant à 909 milliards de F CFA.
UNE OCCASION POUR L’AES DE SE RENFORCER
Pour les membres de l’AES, cette sortie représente une opportunité de s’émanciper d’une CEDEAO perçue comme partiale et influencée par des intérêts étrangers. Un proche de la présidence togolaise estime que cette liberté nouvelle permettra à ces pays d’organiser des scrutins à leurs propres conditions, sans contraintes extérieures.
Toutefois, cette reconfiguration majeure de l’espace ouest-africain pourrait affaiblir davantage la CEDEAO, déjà fragilisée. L’organisation régionale devra tirer les leçons de cette crise historique pour réinventer sa pertinence dans une Afrique de l’Ouest en pleine mutation.
