Dans un contexte économique tendu, le gouvernement du Sénégal a annoncé une série de mesures visant à rationaliser les dépenses publiques et à réduire le train de vie de l’État. Face aux députés, le Premier ministre Ousmane Sonko a détaillé ces réformes lors de la séance plénière de questions d’actualité à l’Assemblée nationale, vendredi dernier.
Une rationalisation des subventions et des bourses
Parmi les principales annonces, Ousmane Sonko a souligné la nécessité de réduire progressivement les subventions sur l’électricité et les carburants, lesquelles devront être ramenées à 2 % du PIB d’ici la fin de l’année. Il a précisé que ces subventions ne seront pas supprimées brutalement, mais remplacées par des transferts ciblés vers les populations les plus vulnérables. Concernant les bourses estudiantines, le Premier ministre a relevé un déséquilibre entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire, cette dernière ne dépensant que 25 milliards de FCFA contre 80 milliards pour le Sénégal. Une harmonisation du calendrier universitaire est envisagée afin de mieux allouer ces fonds et d’investir dans l’économie réelle.
Regroupement et suppression d’agences publiques
Dans le cadre de l’optimisation des ressources, le gouvernement prévoit de fusionner plusieurs agences d’exécution d’ici juin 2025. Les agences aux missions redondantes seront regroupées ou supprimées. Parmi les exemples cités figurent la fusion du Fonds d’impulsion de la microfinance, du Fonds national de la microfinance et du Fonds d’appui à l’économie sociale et solidaire. D’autres structures, comme l’Agence nationale de la maison de l’outil (Anamo), seront purement et simplement supprimées. Des restructurations similaires toucheront les secteurs de l’emploi, des constructions et des mines. De plus, les modalités d’intervention des programmes Puma, Pudc et Promovilles seront harmonisées pour une meilleure gestion des crédits publics.
Audit de la fonction publique et nouvelles règles de recrutement
Le gouvernement entend aussi maîtriser les dépenses liées aux salaires des fonctionnaires. Un audit de la fonction publique est prévu avant avril 2025 afin d’identifier avec précision les effectifs et d’éviter tout gaspillage. De plus, une plateforme informatique sera mise en place d’ici juin 2025 pour suivre en temps réel l’évolution des dépenses salariales et améliorer la transparence budgétaire. Par ailleurs, un rebasing salarial sera appliqué pour réduire les inégalités entre corps de métiers similaires. Des mesures seront prises pour interdire les cumuls d’indemnites et de fonctions, dans le but d’assainir la gestion des ressources humaines. Dans le secteur parapublic, le Premier ministre a annoncé que tout nouveau recrutement devra être justifié et validé par le Premier ministre, sauf pour les domaines prioritaires tels que la santé, l’éducation, la défense et la sécurité.
Contrôle renforcé des dépenses de fonctionnement
Un autre volet des réformes concerne les dépenses de fonctionnement. Le Premier ministre a annoncé une centralisation des achats de l’État, notamment en ce qui concerne les véhicules administratifs, le carburant, le matériel informatique et les frais de publicité. Le standing des véhicules administratifs sera rabaissé, et toutes les nouvelles acquisitions devront être validées par une commission de gestion des biens de l’État. Ces mesures visent à réduire les coûts et à garantir une gestion plus rigoureuse des ressources publiques.
Un appel à la responsabilisation nationale
Ousmane Sonko a conclu en insistant sur la nécessité d’un sursaut national impliquant à la fois l’État et les citoyens. « Nous ne sommes pas là pour nous apitoyer sur notre sort, mais pour agir avec fermeté. L’État doit montrer l’exemple en se sacrifiant le premier », a-t-il déclaré. Ces réformes ambitieuses, si elles sont effectivement appliquées, pourraient marquer un tournant dans la gestion des finances publiques sénégalaises et permettre au pays de retrouver une marge de manœuvre budgétaire plus saine.
