LA FILIÈRE LAITIÈRE AU SÉNÉGAL : DÉFIS ET PERSPECTIVES POUR UNE SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

Au Sénégal, malgré un potentiel de près de 4 millions de bovins, la filière laitière locale peine à s’imposer face à l’omniprésence des importations européennes. Cette situation met en lumière des défis structurels qui freinent son développement et appellent des réformes urgentes pour une véritable souveraineté alimentaire.

UN POTENTIEL SOUS-EXPLOITÉ

Le secteur de l’élevage contribue à 3,8 % du PIB national et 25 % du PIB du secteur primaire. La production laitière, principalement issue de l’élevage extensif, reste insuffisante, atteignant une moyenne annuelle de 233,8 millions de litres entre 2014 et 2018, en deçà de l’objectif de 277 millions de litres. Cette sous-performance s’explique par des aléas climatiques, des maladies animales et un accès limité à une alimentation de qualité pour le bétail.

Selon Ismaïla Sow, président du Conseil national des éleveurs, « améliorer l’alimentation des vaches et la productivité des races locales est essentiel ». Cependant, le système pastoral dominant, basé sur une mobilité constante et des ressources naturelles limitées, exclut de nombreux éleveurs des circuits formels de commercialisation.

ÉLEVAGE INTENSIF : UNE ALTERNATIVE À EXPLOITER

Certaines initiatives, comme la ferme Serigne Mouhamadou Mbacké Falilou à Diamniadio, montrent les avantages d’un élevage intensif. Avec une production de 700 à 800 litres de lait par jour en période favorable, cette ferme illustre le potentiel d’un modèle mécanisé et structuré. Toutefois, l’accès à la terre reste un obstacle majeur. « Si l’État nous aide à obtenir des terres, nous pourrons réduire les coûts de production et rendre le lait local plus compétitif », souligne Cheikh Diop, un des éleveurs.

UN MARCHÉ DOMINÉ PAR LES IMPORTATIONS

En 2020, l’Afrique de l’Ouest a importé pour 2,14 milliards d’euros de produits laitiers, dont 20 % pour le Sénégal. Les poudres lactées enrichies à l’huile de palme, majoritairement importées d’Europe, représentent 75 % des besoins laitiers du pays. Cette dépendance coûte au Sénégal environ 65 milliards de FCFA par an, selon le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, Mabouba Diagne.

DES SOLUTIONS EN VUE

Pour inverser la tendance, le ministre se dit favorable à une augmentation des taxes sur les produits laitiers importés. Cette mesure, combinée à l’exonération de TVA sur le lait pasteurisé local depuis 2019, pourrait stimuler la production locale. Mabouba Diagne propose également de diversifier les approches en combinant élevage intensif et extensif.

Ousmane Ndiaye, président du comité ad hoc pour l’interprofession laitière, recommande une révision du tarif extérieur commun, actuellement fixé à seulement 5 % pour les poudres importées. Il souligne l’importance de subventionner l’énergie pour réduire les coûts de production.

EN ROUTE VERS LA SOUVERAINETÉ LAITIÈRE ?

Pour que le lait local devienne un levier de souveraineté alimentaire, il est impératif d’améliorer la productivité des exploitations, de renforcer les infrastructures et de mieux structurer la filière. Le défi est immense, mais les pistes de solutions existent, à condition de mobiliser l’ensemble des acteurs et d’investir massivement dans cette filière stratégique.

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