Macron a déclaré que le départ des bases françaises avait été négocié avec les pays africains concernés. Ousmane Sonko réfute cette affirmation en affirmant que le Sénégal a pris cette décision de manière souveraine et qu’il n’y a eu aucune discussion ou négociation avec la France à ce sujet. Ce point est essentiel dans la mesure où Sonko souligne que la France semble vouloir minimiser la volonté des pays africains, en présentant le départ des troupes comme une décision dictée par la France, alors qu’il s’agit d’une démarche totalement autonome et indépendante de l’État sénégalais. Ce genre de discours met en lumière un malaise persistants parmi certains dirigeants africains concernant la prétention de la France à avoir le dernier mot sur des décisions de politique interne et de souveraineté des nations africaines.
La question de la souveraineté et de la légitimité de la France en Afrique
Sonko attaque également l’argument selon lequel la France aurait contribué à la souveraineté des pays africains en déployant ses troupes sur le continent. Il rejette cette idée en soulignant que la France n’a ni la capacité ni la légitimité de garantir la sécurité ou la souveraineté des nations africaines. Cette critique fait écho à un sentiment de rejet de l’impérialisme néocolonial qui se cache parfois sous la forme d’une « aide » militaire.
Sonko cite l’exemple de la Libye, où la France, sous Nicolas Sarkozy, a joué un rôle majeur dans le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011, un acte qui a plongé le pays et la région du Sahel dans une instabilité profonde. La situation en Libye, notamment la prolifération des armes et l’émergence de groupes terroristes, a effectivement contribué à déstabiliser toute la région du Sahel, rendant les interventions militaires françaises moins légitimes aux yeux de certains observateurs africains.
Le rejet de la France comme garant de la sécurité et de la souveraineté africaines s’inscrit dans un contexte où de nombreux pays africains cherchent à renforcer leur autonomie stratégique. Les critiques des interventions militaires françaises, surtout après la guerre en Libye, sont de plus en plus virulentes. Certains voient dans ces interventions une manière pour la France de maintenir une forme de domination sur l’Afrique sous couvert de lutte contre le terrorisme ou de soutien à la stabilité régionale.
La participation des soldats africains dans la Seconde Guerre mondiale
Sonko conclut son discours par un rappel historique visant à souligner l’ironie de la situation. Il rappelle que de nombreux soldats africains ont combattu pour la France durant la Seconde Guerre mondiale, parfois de manière forcée, et que sans leur contribution, la France aurait pu être occupée par l’Allemagne. Ce rappel historique est un moyen de souligner l’absurdité de l’idée selon laquelle la France aurait sauvé l’Afrique en assurant sa sécurité. L’évocation de cette participation a pour but de mettre en lumière la complexité des relations historiques entre l’Afrique et la France, et de rappeler que l’Afrique a payé un lourd tribut pendant la colonisation et qu’il n’est pas juste que la France continue à se présenter comme un « sauveur » du continent.
Ce point évoque aussi un sentiment de gratitude non reconnu : le sacrifice de milliers de soldats africains a été occulté dans l’histoire officielle française, et ce manque de reconnaissance a alimenté le ressentiment dans certains pays africains.
Pertinence de la présence des troupes françaises en Afrique
La question de la présence militaire française en Afrique reste un sujet de débat. Pour certains, la présence des troupes françaises est essentielle pour lutter contre le terrorisme, notamment au Sahel, où des groupes comme Al-Qaïda et l’État islamique ont émergé. L’opération Barkhane, lancée en 2014 pour lutter contre ces groupes, a montré l’engagement de la France dans la sécurité du continent. Cependant, la longévité de cette présence soulève des questions sur son efficacité, ses motivations et les répercussions pour les pays hôtes.
De plus, la présence des troupes françaises dans certains pays africains est perçue par beaucoup comme un moyen de maintenir une influence néocoloniale, en particulier lorsque ces interventions sont associées à des accords de défense qui favorisent les intérêts français plutôt que ceux des pays concernés. Dans ce contexte, des voix comme celles de Sonko appellent à une révision de ces accords et à un repositionnement plus autonome de l’Afrique vis-à-vis des puissances étrangères.
La réponse d’Ousmane Sonko s’inscrit dans une critique plus large des relations postcoloniales entre la France et l’Afrique. Il remet en question la notion de « fraternité » et de « partenariat » invoquée par la France, dénonçant les mécanismes de domination et de contrôle qui persistent sous couvert d’interventions militaires et d’accords de défense. La pertinence de la présence militaire française en Afrique, bien qu’elle puisse être justifiée par des questions de sécurité régionale, est remise en question par la manière dont elle est perçue par certains dirigeants africains, qui revendiquent une plus grande souveraineté et autonomie dans la gestion de leurs affaires internes et de leur sécurité.
L’émergence de positions comme celle de Sonko marque une étape dans le processus de redéfinition des relations franco-africaines, une relation qui semble désormais largement déséquilibrée au profit de la France, à en juger par les récents événements et les critiques croissantes de la population et des dirigeants africains.
